Le point de vue de l’ACRO
D’autres études épidémiologiques ont, dans le passé, suggéré l’hypothèse d’une relation causale entre des risques accrus de leucémies chez l’enfant et certains sites nucléaires en Angleterre (Sellafield, Aldermaston, Burgfield), en Ecosse (Dounreay), en Allemagne (Kruemmel) et en France (usine de
retraitement de LaHague).
Dans ce contexte, l’ACRO considère que cette nouvelle étude qui vient de paraître constitue un nouveau signalsanitaire important et qu’il doit être pris en compte parles autorités.
Certes, nous ne cherchons pas à masquer l’existence d’autres études épidémiologiques qui ont conclu à l’absence de relation entre lesrisques de cancers etla proximité d’un site nucléaire.
Pour autant, les doutes que l’ACRO a pu exprimer dans le passé restent plus que jamais intacts et il nous semble important que des étudessoient poursuivies et ce, dans plusieurs directions:
1 – Tout d’abord, il est essentiel d’élargir le travail effectué ici à l’ensemble des installations nucléaires,au‐delà des seuls réacteurs, en particulier à des sites de la chaîne du combustible dont les rejets dans l’environnement sont plus importants. Par ailleurs, il convient de prendre en compte toutes les voies
d’atteinte du public et non lesseulsrejets atmosphériques(dontlesretombéessont plusfaciles à cerner).
2 – Bien des études en matière d’épidémiologie pêchent dans leurs objectifs par défaut de puissance statistique. Il est donc capital d’aller vers de grandes enquêtes d’envergure internationale, ce qui demande au préalable d’harmoniser les outils méthodologiques. L’ACRO rappelle que c’est cette démarche qui, avant 2005, a permis d’établir plus formellement la relation entre cancer du poumon et radon domestique.
3 – D’autres études doivent permettre d’approfondir les connaissances concernant les effets biologiques des faibles doses. Si les données acquises à partir du suivi des survivants de Hiroshima‐Nagasaki ont permis d’assoir très largement le système actuel de radioprotection, il est insuffisant pour apprécier les effets desfaibles doses. L’accroissement trèsimportant cs vingt dernières années des doses délivrées à desfinsmédicales doit êtremieux exploré, notamment chez les enfants.
4 – la recherche des facteurs étiologiques (causes possibles) doit être renforcée et, au‐delà de l’enfant jeune, porter égalementsurles expositionslors de la grossesse. Une attention particulière doit aussi être apportée aux effets combinés de divers agents toxiques. L’apparition d’un cancer est le résultat d’un processus en plusieurs étapes et,si lesradiations sont connues pour être des agentsinitiateurs(altération du génome), d’autres toxiques (notamment chimiques) sont connus pour être des agents promoteurs c’est‐à‐dire qu’ils potentialisentl’action desradiations. En conclusion, l’ACRO rappelle que, depuis près d’un siècle, c’est l’évolution des connaissances scientifiques qui a conduit à la réévaluation régulière et toujours à la hausse du risque induit par les radiations ionisantes. Depuis 1928, les recommandations concernant les limites d’exposition ont été réduites par un facteur 30. Cela se poursuit actuellement avec la réévaluation du risque lié au radon et du risque de cataracte radio‐induite. Nous considérons qu’aujourd’hui, un nouvel abaissement généralisé deslimitesréglementaires,tant pourlestravailleurs que pourle public, est à l’ordre du jour.